La Lettre de PALO ALTO
L'apport de la Systémique paradoxale
______________________________
Quand on ne voit pas de problème
Mais qu'attend-il de moi ?
Hélène, consultante et formatrice, a accepté d'œuvrer pour une association d'aide à la recherche d'emploi. C'est du bénévolat auprès d'un groupe d'adultes de tous métiers.
Elle anime des séances collectives qui fonctionnent bien, avec les outils et la pédagogie de l'association. Elle utilise aussi la "Process Com"
Récemment initiée à la systémique Palo Alto, elle souhaiter s'en servir et propose aux volontaires un accompagnement individuel en complément du collectif.
Julien s'est proposé.
Il est spécialiste en design industriel et il a donné sa démission car il trouvait le climat de son service détestable, trop de rivalités et de compétition. Depuis un an, il prospecte et ne trouve pas de point de chute.
Célibataire, il peut accepter une mobilité géographique.
En fait il est sélectif car il a des souhaits : il veut trouver un travail en cohérence avec ses valeurs : esprit d'équipe, partage, coopération conviviale, possibilités d'apprendre.
C'est ce qu'il cherche. Il consulte les annonces et les offres, alimente les réseaux sociaux. Il a un peu de trésorerie devant lui, ne semble pas stressé.
Hélène est préoccupée pour utiliser Palo Alto : cet homme ne maintient pas de cercle vicieux. Il semble même qu'il n'ait pas de problème du tout. Alors que veut-il ? Veut-il quelque chose ?
Voir avec le Père Noël ?
Hélène pense à une question utile dans ce cas, mais qui est à manier avec subtilité :
Elle a pensé à "Qu'attendez-vous de moi ?" mais se rappelle que cela manifeste une position haute qui déresponsabilise, du genre : "Vous avez des préoccupations et moi j'ai des réponses".
Elle pourrait dire "Quelle est votre demande ?" mais c'est aussi une question piégeuse qui semble poser une sorte de contrat, de commande, envers un "fournisseur" qui est censé alors répondre à la demande.
Elle sait que s'il y a demande, celle-ci révèle surtout la vision du monde du client et qu'il convient de na pas la figer.
Elle dit alors : "Comment imaginez-vous que cet accompagnement va vous aider ?". Julien répond : "Pour mon futur job, je voudrais arriver à clarifier mes souhaits de manière plus fine".
Cette attente, qui paraît claire à première vue, ne l'est finalement pas à seconde vue. Ses souhaits sont déjà très fins. Et peut-être mêmes utopiques si l'on pense aux aléas des métiers et des climats.
Julien précise : "En fait une part de moi a envie d'un boulot génial, excitant, une autre part souhaite un climat de partage, et une 3° part se dit qu'il faudra que je voie comment tout ça se projette dans le temps, dans la durée".
Hélène se dit que tout cela ressemble à une commande au Père Noël, au rêve d'un endroit préexistant quelque part et que lui viendrait combler comme la pièce parfaite d'un puzzle.
Le seuil de tolérance
Mais la vie ne marche pas comme ça. Et de plus tout endroit "idéal" peut se dégrader très vite avec un nouveau manager, un nouveau collègue, de nouvelles priorités de la DG, etc.
Hélène présente ces risques et Julien convient qu'en fait, selon les évènements, il pourrait avoir du mal à s'adapter.
"Vous allez poursuivre votre recherche, lui dit Hélène, mais la question semble être votre seuil de tolérances aux aléas désagréables ..., car le climat n'est pas qu'une donnée établie, c'est aussi le résultat de vos interactions avec la situation ...".
"C'est vrai, dit Julien, je n'ai peut-être pas su bien réagir dans le job précédent...".
Hélène lui propose alors de réfléchir à "où en est son seuil de tolérance en matière de climat et comment réagir en cas de difficulté", et peut être en repartant des frictions dans le job précédent".
Julien en convient, ça lui plaît. Et la route se clarifie.
On n'a pas le client idéal qu'on mérite !
Tout cela est imprévisible selon les clients : certains partent d'un problème mais ne voient pas trop vers quel objectif aller. D'autres partent d'un objectif et ont du mal à faire apparaître le problème.
Nous cherchons à remplir nos deux paniers : problème et objectif. Hélas le client ne suit pas notre logique et ne nous facilite pas les choses.
Alors patience, n'allons pas trop vite !
Dominique Delaunay
Centre de Systémique paradoxale